
La MCA Centenaire monégasque avait une coque carbone avant la McLaren F1
Une supercar carbone monégasque qui devance la McLaren F1 de deux ans
Monaco n'a produit qu'une seule voiture à lui, et elle reçoit dès 1990 une coque monocoque entièrement en carbone. La MCA Centenaire a été conçue par Carlo Chiti, motorisée par un V12 Lamborghini et vendue à cinq clients. La première des cinq passe sous le marteau en Belgique le 9 octobre.
Broad Arrow vend le châssis numéro un le 9 octobre à Knokke-Heist
La voiture est estimée entre 900 000 et 1 200 000 euros à la Zoute Concours Auction de Broad Arrow, organisée à l'Approach Golf de Knokke-Heist en marge de la Zoute Grand Prix Car Week. Environ 70 voitures figurent au catalogue de cette vente d'une journée, deuxième édition après les débuts belges de la maison en 2025, dont le lot phare était la Cadillac 1951 du roi Baudouin. La Centenaire est accompagnée du contrat de fourniture des moteurs signé entre Lamborghini et le fondateur de MCA, Fulvio Maria Ballabio, ainsi que de photographies d'époque prises à l'usine de Sant'Agata.
Carlo Chiti a passé cinq ans sur la coque carbone de la Centenaire
La structure de la Centenaire a été mise au point sous la direction de Carlo Chiti, qui avait dessiné la Ferrari 156 Sharknose sacrée avec Phil Hill en 1961 avant de quitter Maranello en 1962 aux côtés de Giotto Bizzarrini. Chiti a ensuite dirigé pendant deux décennies Autodelta, le bras armé sportif d'Alfa Romeo, où il a conçu le douze-cylindres à plat qui a plus tard propulsé Brabham. Quand Ballabio l'a recruté, Chiti était un ingénieur qui avait passé sa carrière à résoudre des problèmes de course, et une coque carbone en 1990 était une réponse de course appliquée à une routière. Doubles triangles à l'avant comme à l'arrière.
La Jaguar XJR-15 arrive la même année, à 53 exemplaires
Revendiquer la première routière en carbone est plus délicat que le récit de la Centenaire ne le laisse croire. JaguarSport a achevé son premier prototype XJR-15 en juillet 1990 et en a construit 53 jusqu'en 1992, vendues 500 000 livres pièce et entièrement en fibre de carbone. La Centenaire, elle, était terminée en mai 1990 et présentée à Monaco en août : la monégasque est donc bien première, à quelques mois près. Ce qu'elle ne peut revendiquer, c'est l'échelle : cinq voitures contre 53, et toutes deux effacées des mémoires par la McLaren F1 dès 1992.
Un V12 Countach de 455 ch et une boîte ZF manuelle à six rapports
La puissance vient du V12 quattrovalvole de 5,2 litres que Lamborghini construisait pour la Countach 5000 QV, crédité de 455 ch et transmis aux roues arrière par une boîte ZF manuelle à six rapports. Lamborghini fournissait les moteurs sous contrat et non en partenaire, ce qui explique l'importance des papiers pour les enchérisseurs. La même usine a ensuite gardé cette voiture à Sant'Agata une dizaine d'années avant de l'offrir à Ballabio au début des années 2000. Elle a reparu en bleu à Rétromobile en 2007, puis a été restaurée vers 2016 dans son ivoire d'origine sur cuir rouge, les couleurs du drapeau monégasque.
MCA visait 100 Centenaire, en a construit cinq, puis est allé courir
Ballabio voulait cent voitures et une marque monégasque à côté du Grand Prix de la Principauté. La récession du début des années 1990 y a mis fin après cinq exemplaires, un écart que tout petit constructeur européen de supercars connaît bien. MCA a alors fait ce qu'une écurie fait de son stock invendu : une Centenaire V12 a remporté sa catégorie aux 6 Heures de Vallelunga 1993, et deux voitures ont été transformées en MIG 100 pour un engagement au Mans la même année. Aixam Mega a racheté l'entreprise en 1995, a installé des V12 Mercedes dans des dérivées de la Centenaire, puis l'a rendue à Ballabio, qui la dirige toujours.
AutoNext Take
Faire commencer la routière en carbone en 1992 est une habitude, pas un fait, et cette vente offre l'occasion de le corriger. Chiti a terminé la coque de la Centenaire en mai 1990, TWR celle de la XJR-15 en juillet, et la McLaren F1 qui récolte le crédit accusait deux ans de retard sur les deux. Ce qui les sépare n'est pas la technique mais la diffusion : Jaguar avait un réseau, McLaren avait Gordon Murray et un écusson de Formule 1, et MCA avait un fondateur à Monaco muni d'un contrat de fourniture pour douze cylindres. La Centenaire avait raison sur la matière et tort sur la décennie, et avoir raison trop tôt reste la meilleure moitié de ce marché.
L'estimation de Broad Arrow est ce qu'il faudra surveiller le 9 octobre. 900 000 euros correspondent grosso modo au prix d'une belle Countach 5000 QV, ce qui reviendrait à payer la Centenaire comme un moteur Lamborghini dans une carrosserie curieuse. Si elle franchit 1 200 000 euros, la salle paiera pour la coque de Chiti et pour la date de 1990, ce que personne n'a encore fait. Cinq voitures ne forment une série aux yeux de personne, mais elles suffisent à rappeler que Monaco a construit une fois quelque chose de réel, et a réussi la partie difficile.
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