
D'Ieteren veut supprimer 344 emplois pour un marché belge qui ne s'est jamais remis
Les 344 emplois de D'Ieteren sont un pari sur un marché belge qui reste un quart plus petit
D'Ieteren Automotive a annoncé à son conseil d'entreprise, le 3 septembre, vouloir supprimer jusqu'à 344 emplois, fermer certains sites et fusionner des fonctions dans un plan stratégique courant jusqu'en 2030. L'entreprise importe les voitures du groupe Volkswagen en Belgique depuis plus de 70 ans, et son raisonnement est sans détour : le recul des ventes de voitures neuves depuis la pandémie est structurel, et l'organisation doit être dimensionnée pour des volumes plus faibles et un autre type de client.
344 emplois, c'est environ 12 % des 2 945 équivalents temps plein de D'Ieteren Automotive
Le plan est une intention, pas une décision. D'Ieteren a ouvert la phase d'information et de consultation prévue par la loi Renault, si bien que 344 est un plafond et que le chiffre final sortira des discussions. Le dernier rapport annuel compte 2 945 équivalents temps plein, ce qui place ce plafond près de 12 % des effectifs. Les concessionnaires indépendants sont hors du plan et conservent la vente et l'après-vente de toutes les marques. Le syndicat ACV Puls juge déjà le calendrier de la direction irréalisable et dit qu'il mettra des alternatives sur la table.
La Belgique a immatriculé 414 770 voitures neuves en 2025, près d'un quart de moins qu'en 2019
La Belgique a immatriculé 414 770 voitures particulières neuves en 2025, soit 7,5 % de moins que les 448 277 de 2024 et 24,6 % sous les 550 003 de 2019, selon la FEBIAC. Le recul est celui de la voiture de société : les sociétés de leasing ont immatriculé 13 % de voitures en moins en 2025, tandis que les particuliers progressaient de 1,8 %. Le propre décompte de D'Ieteren pour le premier semestre 2026 donne 231 000 immatriculations, encore 1,8 % de moins, et son communiqué dit qu'il ne s'attend pas à voir revenir le volume perdu. Chaque autre ligne du plan découle de cette phrase.
Le budget mobilité de 2027 est cité comme raison de réduire un importateur
Le communiqué de D'Ieteren liste comme moteurs la décarbonation, la numérisation accélérée par l'intelligence artificielle, la concurrence mondiale plus vive et, fait inhabituel pour une entreprise automobile, le budget mobilité obligatoire à partir de 2027. Un avant-projet de loi approuvé par le gouvernement fédéral en janvier obligerait les employeurs de 50 salariés et plus qui proposent des voitures de société depuis plus de 36 mois à offrir ce budget dès le 1er janvier 2027, les entreprises de 15 à 49 salariés suivant en 2028. Un salarié peut alors échanger la voiture contre des dépenses de transport ou du cash. Pour un importateur dont le volume est fait de voitures de société, une loi qui permet à chaque salarié éligible de troquer la voiture contre du cash est une menace directe pour le carnet de commandes.
Six jours plus tard, les résultats semestriels de D'Ieteren montraient une marge automobile divisée par deux, à 2,1 %
Le plan a été annoncé le 3 septembre et les chiffres qui l'expliquent sont arrivés le 9 septembre. Les ventes de D'Ieteren Automotive ont reculé de 10,8 % à 2 269 millions d'euros au premier semestre 2026, la marge opérationnelle ajustée est passée de 4,5 à 2,1 %, et le résultat ajusté avant impôts a chuté de 66,6 % à 36,4 millions d'euros. La part de marché a cédé 153 points de base, à 21,6 %. Le groupe dans son ensemble se portait bien, parce que l'activité vitrage de Belron a relevé le résultat ajusté avant impôts de 8,4 % à 482,4 millions d'euros. La direction ne s'attend pas à une amélioration des tendances automobiles au second semestre, avec l'ID. Polo déjà épuisée, la Cupra Raval et la Skoda Epiq comme soutien espéré.
De la vente de Volkswagen neuves aux revenus tirés de 1,2 million de voitures déjà en circulation
La stratégie derrière les suppressions consiste à gagner de l'argent sur toute la vie d'une voiture plutôt qu'à l'immatriculation : davantage des quelque 18 000 voitures d'occasion que D'Ieteren vend chaque année, plus le financement, l'assurance, l'entretien et les services de mobilité autour des 1,2 million de voitures de ses marques sur les routes belges. C'est la logique que Wolfsburg applique à l'autre bout de la chaîne, où 50 000 emplois allemands disparaissent d'ici 2030 et où la gamme est divisée par deux, et c'est la logique qui a fermé l'usine Audi de Bruxelles il y a six mois. D'Ieteren est un importateur indépendant et affirme que rien n'a été imposé depuis l'Allemagne.
AutoNext Take
D'Ieteren a cessé d'attendre le retour de 2019. Une marge de 2,1 % sur 2,3 milliards d'euros de ventes est une marge de détaillant, pas d'importateur, et une entreprise qui gagne deux centimes sur chaque euro de voiture neuve a toutes les raisons de vouloir les autres centimes sur les 1,2 million de voitures qu'elle a déjà vendues. Les 153 points de base de part de marché perdus en six mois sont le chiffre le plus inconfortable, parce qu'ils disent que le problème n'est plus seulement la taille du marché.
La consultation prévue par la loi Renault fixera le vrai chiffre. C'est dans les prévisions que cela se vérifiera : D'Ieteren dit que les tendances automobiles ne s'amélioreront pas au second semestre 2026. Si les résultats annuels de mars prochain montrent une marge automobile repassée au-dessus de 3 % grâce à ces trois voitures, le plan aura été dimensionné pour un marché qui se retournait déjà. Si elle reste proche de 2 %, 344 se lira comme un premier acompte.
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