
La FIA veut plus de contrôle sur le WEC, et Le Mans pourrait en payer le prix
Les 24 Heures du Mans sont la raison d'être du Championnat du monde d'endurance. Une lutte de pouvoir entre la FIA et l'ACO pose désormais une question autrefois impensable : le WEC pourrait-il continuer sans elles ?
Selon l'allemand Auto Motor und Sport, la FIA étudie la possibilité de remplacer l'Automobile Club de l'Ouest comme promoteur du Championnat du monde d'endurance. Deux contrats qui soutenaient l'ensemble ont expiré en juin : l'un faisant de la filiale LMEM de l'ACO l'organisateur du WEC, l'autre maintenant les 24 Heures du Mans au calendrier du championnat du monde. Les discussions pour les renouveler sont au point mort, et la FIA serait prête à regarder ailleurs, quitte à ouvrir la promotion à un appel d'offres public.
Rien n'est confirmé, et aucun nouveau promoteur n'a été nommé. Mais l'enjeu est colossal.
Ce qui est vraiment en jeu
Le scénario catastrophe est simple à énoncer. Si la FIA confie les droits de promotion du WEC à un autre acteur sans accord distinct avec l'ACO, les 24 Heures du Mans cesseraient probablement de compter pour le championnat du monde. La course elle-même survivrait, puisque l'ACO en est propriétaire, mais un WEC sans Le Mans, et un Le Mans hors du WEC, seraient une version amoindrie de l'un et de l'autre. Le Mans est le joyau de la couronne, et un championnat bâti autour d'elle mais qui ne l'inclurait plus est difficile à imaginer.
Le vrai combat : argent et contrôle
Sous le langage des contrats se cache une lutte de pouvoir. Historiquement, l'ACO bénéficiait de conditions exceptionnellement favorables, conclues sous l'ancien président de la FIA Jean Todt : des contributions financières plus faibles que les autres promoteurs, en échange de l'apport du Mans et d'une influence rare sur les règlements techniques de la catégorie reine. Le président de la FIA Mohammed Ben Sulayem, réélu en décembre 2025, veut réécrire cela, avec des versements plus élevés à la FIA, davantage de gouvernance et de supervision technique, et une plus grande visibilité lors des épreuves. « Le Mans est en fin de compte une course de la FIA », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que la fédération a besoin d'un « équilibre » avec le propriétaire du championnat. Le président de l'ACO Pierre Fillon aurait rejeté les nouvelles conditions, et la relation s'est dégradée.
C'est la même FIA expansionniste à l'œuvre ailleurs, celle qui évoque aujourd'hui un cadre GT1 pour les marques d'hypercars. Ben Sulayem pousse sur plusieurs fronts à la fois pour ramener plus d'autorité, et plus d'argent, vers l'instance dirigeante.
Pourquoi les constructeurs pèsent le plus
Ceux qui ont le plus à perdre, et le plus de poids, ce sont les constructeurs. L'ère actuelle des Hypercars est la catégorie reine la plus en forme depuis des décennies, avec Aston Martin, BMW, Cadillac, Ferrari, Genesis, McLaren, Peugeot et Toyota tous engagés et Ford qui arrive en 2027. Ces marques se sont engagées dans un championnat dont Le Mans est la pièce maîtresse et dont les règlements sont co-écrits par l'ACO et l'IMSA. Un divorce FIA-ACO chaotique les forcerait à choisir entre une série FIA sans Le Mans et une rivale gérée par l'ACO, et pourrait menacer la convergence ACO-FIA-IMSA qui a rendu l'essor des Hypercars possible au départ. Aucun constructeur ne dépense de telles sommes pour se faire entraîner dans une guerre de gouvernance.
L'avis d'AutoNext
Voyez cela comme une négociation, pas comme une affaire conclue. Que la FIA fasse savoir qu'elle pourrait remplacer l'ACO relève du levier classique, visant un partenaire qui tient de bonnes cartes depuis des années, et l'issue la plus probable reste un contrat renouvelé à des conditions situées quelque part entre les deux positions. Aucun des deux camps n'a réellement intérêt à un WEC sans Le Mans, ni à un Le Mans banni du WEC.
Mais un levier a tendance à échapper à tout contrôle, et cette FIA a montré qu'elle pousse fort et en public. Si elle se trompe dans ses calculs, elle risque d'abîmer le championnat le plus sain de l'automobile moderne au moment précis où les constructeurs y injectent de l'argent. Le Mans restera toujours Le Mans. Le danger, c'est que le championnat du monde bâti autour d'elle devienne un dommage collatéral dans une bataille qui portait en réalité sur qui touche l'argent, et qui écrit les règles.
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