
Porsche 550 J : née chez un constructeur devant 2,6 millions à ses clients
Porsche prête son nom à un constructeur placé sous administration en mars
Hedley Studios a dévoilé la Porsche 550 J le 15 septembre : une réinterprétation électrique de la 550 A Spyder de 1956 à l'échelle 80 %, sous licence Porsche, limitée à 250 exemplaires à 69 500 livres hors taxes, soit environ 80 000 euros. Elle n'est pas homologuée pour la route. L'entreprise qui la construit a nommé des administrateurs le 4 mars 2026, a été revendue à son fondateur treize jours plus tard pour 250 000 livres et a laissé à ses anciens clients 2 641 001 livres d'acomptes impayés.
La Porsche 550 J pèse 330 kg et développe 11 ch de série
La 550 J est construite à 80 % de la taille de l'originale, d'après les plans de production de Porsche et un scan 3D d'une voiture grandeur nature. Dessous, un châssis tubulaire, comme sur la 550 A, et des panneaux de carrosserie en composite de fibre de carbone formés à la main. Le moteur électrique et la batterie se logent derrière les deux sièges, à la place de l'ancien quatre-cylindres à quatre arbres à cames, pour conserver la répartition des masses. La voiture de série offre 11 ch, 64 km/h en pointe et 48 km d'autonomie. Le RS Pack passe à 22 ch, 81 km/h et 81 km, ajoute des amortisseurs Bilstein réglables et des disques Brembo percés, et fait grimper le poids de 330 à 350 kg. Un volant Nardi reprend l'original et le levier de starter sélectionne désormais les modes de conduite. Contrairement à la Bentley Blower Jnr de Hedley, ou à un restomod homologué comme la Fiat 500 Scattante, la 550 J n'est pas autorisée sur route.
Porsche a construit environ 90 Spyder 550 d'origine, à 550 kg et 110 ch
La 550 fut la première voiture de course conçue comme telle par Porsche. Produite de 1953 à 1956 à environ 90 exemplaires, elle logeait un flat-four 1,5 litre à quatre arbres à cames de 110 ch dans une voiture d'à peu près 550 kg et a couru au Mans, aux Mille Miglia et à la Carrera Panamericana. La 550 A de 1956 a troqué le châssis à échelle contre la structure tubulaire que copie la 550 J. James Dean y a trouvé la mort le 30 septembre 1955, et une originale se vend aujourd'hui bien au-delà du million d'euros. C'est aussi le point de départ de la lignée à moteur central de Porsche, qui court jusqu'à la 718, dont Porsche a confirmé en août la remplaçante électrique.
Hedley Studios a nommé des administrateurs le 4 mars 2026, avec 74 salariés
L'entreprise est née en 2018 sous le nom de The Little Car Company, quand Bugatti a demandé à Ben Hedley une Type 35 à échelle réduite pour son 110e anniversaire. Aston Martin, Ferrari et Bentley ont suivi, la dernière avec la Blower Jnr homologuée pour la route, limitée à 349 exemplaires et en production depuis mai 2025. En août 2025, l'activité a été cédée par une administration en pre-pack à une nouvelle société soutenue par son investisseur américain Island Capital et rebaptisée Hedley Studios ; elle avait alors livré plus de 500 voitures dans plus de 60 pays. En décembre 2025, Hedley a racheté les actions. En janvier 2026, l'entreprise a engagé Interpath pour trouver des fonds ; Interpath a approché plus de 250 parties sans recevoir la moindre offre, et le 4 mars le dirigeant a nommé des administrateurs. Sept des 74 salariés ont été conservés. Le 17 mars, l'activité et ses actifs ont été vendus à Hedley Labs Limited, une partie liée, pour 100 000 livres à la signature et 150 000 livres exigibles en mai, avec le transfert de cinq salariés. Dans cette vente, le fonds de commerce et le nom, inscrits au bilan pour 9,03 millions de livres, sont partis pour 1 livre.
L'état des affaires recense 2 641 001 livres dues à des clients ayant payé d'avance
Ben Hedley a signé l'état des affaires le 15 avril 2026. Il recense 2 641 001 livres dues à des clients ayant payé des voitures jamais reçues, 1 731 426 livres aux fournisseurs, 776 870 livres à 63 salariés, 629 373 livres au fisc britannique et 338 610 livres aux trois marques dont le nom figurait sur les voitures : 191 535 livres à Bentley Motors, le reste à Ferrari et à Bugatti. En face, les actifs devraient rapporter 1,64 million de livres et le déficit envers les créanciers est estimé à 3,64 millions de livres. Les administrateurs écrivent que le calendrier et le montant d'un éventuel versement aux créanciers chirographaires sont inconnus, que les voitures finies ont été transférées à l'acquéreur sous condition d'earn-out, et que le dossier se terminera très probablement par une dissolution ou une liquidation. Les clients qui ont payé une voiture l'an dernier figurent sur cette liste, et la société qui construira la Porsche n'est pas celle qu'ils ont payée.
Bentley, Bugatti et Ferrari voulaient un repreneur qui connaissait déjà l'entreprise
Les licences expliquent pourquoi les administrateurs ont préféré la vente à une partie liée à une cession du stock à la pièce. Leurs propositions notent que les marques voulaient un repreneur connaissant déjà l'exploitation, afin que leurs clients restent servis, ce qui désignait en pratique le fondateur ; un évaluateur indépendant a validé le prix le 13 mars. Porsche vient de rejoindre ces concédants, six mois après la chute. L'écusson sur le capot appartient à Porsche AG ; la facture, et l'acompte, reviennent à une société qui a racheté le fonds de commerce de sa devancière pour 1 livre.
Le verdict AutoNext
Les voitures à l'échelle sous licence sont un commerce d'acomptes. Le client paie d'avance, le constructeur achète le carbone et les Bilstein, et la marque prête son nom à une voiture qu'elle n'aura jamais à garantir. Quand le constructeur tombe, comme celui-ci deux fois en huit mois, la marque garde son nom, le fondateur garde l'entreprise, et le client rejoint une liste de créanciers sans date de paiement. Porsche a souscrit à cet arrangement, et 250 voitures à 69 500 livres représentent 17,4 millions de livres de commandes hors taxes.
Le premier rapport d'étape des administrateurs, couvrant les six mois jusqu'au 3 septembre, est attendu d'ici quelques semaines. Il dira si les 150 000 livres exigibles en mai ont été versées, et si l'earn-out sur les voitures finies a rapporté quelque chose à ceux qui les ont payées. Sinon, chaque acompte sur une 550 J est encaissé par une société qui n'a pas encore réglé ses comptes avec ses derniers clients, avec un écusson Porsche sur le capot.
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